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Quelle place pour les médias locaux en milieux francophones minoritaires?

En 2012, l'Alberta a vu disparaitre l'un de ses journaux francophones, Le Chinook. Pendant une quinzaine d'années, l'hebdomadaire a notamment couvert les activités communautaires de la région de Calgary. Comment interpréter la perte de ce média local? Avec les nouvelles technologies qui ont bouleversé l'univers des médias et le resserrement économique qui pousse les médias à revoir leurs stratégies; le visage des médias locaux en milieux minoritaires est-il appelé à changer?

« Les médias locaux sont vitaux pour les populations francophones vivant en situation minoritaire, car ils sont le reflet de leurs communautés, qui sont la plupart du temps exclues des médias anglophones », commente Lyne Rainville, ancienne chef des communications régionales pour les services français de Radio-Canada en Alberta, Colombie-Britannique et Yukon. Selon elle, les médias francophones sont un moyen pour ces populations de se comprendre et de se reconnaitre. Le président de l'Association de la presse francophone et directeur de l'hebdomadaire Le Franco, Étienne Alary, abonde dans le même sens. « Un journal francophone en milieu minoritaire est un outil pour contrer l'assimilation; il présente des éléments de la communauté qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans les médias anglophones », estime-t-il.

En ce sens, tous deux déplorent que Le Chinook ait cessé ses activités. « Nous n'avons jamais assez d'outils d'informations. Plus la population est informée, mieux c'est. Mais est-ce viable? Y a-t-il un marché assez grand pour encourager deux journaux francophones en Alberta? », demande Étienne Alary. À la lumière de ces questionnements, une chose est sure : des défis importants attendent les médias en milieux francophones minoritaires. « La situation qui a mené à la perte du Chinook n'est pas très différente de celle des autres médias en général. D'un côté, la presse écrite voit ses supports publicitaires chuter partout, de l'autre, le monde télévisuel et radiophonique fait face à une fragmentation soutenue de leurs auditoires. Les gens ont plus de choix », note Lyne Rainville. De là l'importance pour ces médias de demeurer pertinents aux yeux de la population. « Lorsqu'un média voit son effectif descendre, il devrait se questionner à savoir s'il répond aux besoins de la communauté qu'il dessert », avertit Étienne Alary.

Malgré tout, la situation est quelque peu différente au journal Le Franco. « Beaucoup d'associations et d'organismes, qui payent pour de la publicité dans le journal, ont vu leur budget amputé par le gouvernement. Nous devons donc rester aux aguets, car ces organismes couperont certainement en publicité et promotion pour éponger leur déficit», se désole Étienne Alary. Un réajustement est donc nécessaire pour assurer la rentabilité du journal, notamment par des partenariats avec la communauté ou la publication d'un annuaire de la francophonie. La direction évalue également la possibilité de revoir le fonctionnement de l'adhésion au journal puisque l'abonnement est relié au membership de l'ACFA, qui elle aussi, connait des défis financiers. La possibilité que le journal francophone devienne payant est donc considérée.

Suite à la fermeture du journal Le Chinook, le journal Le Franco a commencé la distribution d'une nouvelle édition de son journal destiné aux francophones dans le sud de l'Alberta. Le journal est maintenant distribué hebdomadairement partout en région et mensuellement dans les régions du sud. En 2013, Le Franco célébrait son 85e anniversaire. Un succès qui s'explique entre autres, par la proximité et la relation de confiance que le journal a réussi à bâtir avec ses lecteurs en rapportant fidèlement leurs histoires.

Les nouvelles en milieu minoritaire

En Alberta, c'est la chaine ICI Radio-Canada Alberta qui offre aux gens de la communauté francophone la diffusion des nouvelles en français. Dominant le marché tant sur les ondes télévisées et radios, ICI Radio-Canada Alberta offre une programmation variée avec des émissions spécialisées et des bulletins de nouvelles réguliers. Bien que moins touchée par le contexte financier difficile qui affecte les autres médias locaux dû au fait que la chaine dépende exclusivement de subventions gouvernementales, celle-ci est quand même affectée par les compressions budgétaires. « Or, les régions occupent une place importante dans le plan de développement de Radio-Canada. De plus, nous sommes tributaires du Fond pour l'amélioration de la programmation locale (AFPL), du CRTC », fait savoir Lyne Rainville. Comme elle l'explique, ce fond, puisé à même les revenus des distributeurs, a permis à Radio-Canada d'offrir une programmation à saveur albertaine, et ce, sept jours par semaine depuis quelques années. « En Alberta, nous avons mis sur pied les capsules d'informations L'Alberta en bref, qui sont notamment diffusées le dimanche durant Tout le monde en parle, l'émission la plus écoutée de notre réseau. C'est une belle vitrine », juge-t-elle.

Dès septembre 2014, une nouvelle chaine télé verra le jour. Créée par TV5, la chaine UNIS est le résultat d'un long processus de négociations entamé auprès du CRTC. Le diffuseur promet une programmation consacrée à la diversité de la communauté francophone du Canada et aux communautés de langues officielles en situation minoritaire. Les auditeurs auront désormais plus d'options en matière de contenu télévisuel francophone.

Les médias sociaux de plus en plus populaires

Outre les défis financiers rencontrés par les médias, ceux-ci doivent s'adapter aux changements qui découlent de l'apparition des nouvelles plateformes web et l'ascension des réseaux sociaux qui gagnent de plus en plus en popularité. Évoluant en milieux francophones minoritaires, les médias ne peuvent ignorer les médias sociaux comme Twitter et Facebook qui changent la donne en information. « Ces médias sociaux sont là pour rester, mais ils ne remplaceront pas nécessairement les médias traditionnels. Il y a de la place pour les deux », argüe Lyne Rainville. Plusieurs animateurs et journalistes de Radio-Canada sont d'ailleurs bien présents sur ces médias (voir liste).

Pourtant, pour Étienne Alary, il faut se questionner davantage sur la réelle valeur des médias sociaux, relativement au temps demandé pour offrir une présence de qualité. « C'est bien beau d'ouvrir un compte Twitter, encore faut-il l'alimenter! Certes, il faut emboiter le pas à cette technologie, qui fait dorénavant partie des mœurs mondiales, mais dans quelle proportion? Cela reste à définir, d'autant plus que nous ne disposons que de trois employés... », admet-il. En terminant, Lyne Rainville assure que les médias locaux en milieux francophones minoritaires s'adapteront au marché. « Notre service est essentiel et continue de l'être, dit-elle. Nous devons être là où les gens consomment leurs informations. » Elle précise du même souffle que Radio-Canada est le média qui présente la plus grande offre pour les francophones, à travers trois plateformes, soit la télévision, la radio et le web.

Certes, l'avenir s'annonce incertain pour les médias francophones en milieux minoritaires, mais ceux-ci ont l'avantage de pouvoir compter sur le soutien de la communauté francophone qui apprécie grandement les services offerts en français.

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Quelle place pour les médias locaux en milieux francophones minoritaires?

En 2012, l'Alberta a vu disparaitre l'un de ses journaux francophones, Le Chinook. Pendant une quinzaine d'années, l'hebdomadaire a notamment couvert les activités communautaires de la région de Calgary. Comment interpréter la perte de ce média local? Avec les nouvelles technologies qui ont bouleversé l'univers des médias et le resserrement économique qui pousse les médias à revoir leurs stratégies; le visage des médias locaux en milieux minoritaires est-il appelé à changer?

« Les médias locaux sont vitaux pour les populations francophones vivant en situation minoritaire, car ils sont le reflet de leurs communautés, qui sont la plupart du temps exclues des médias anglophones », commente Lyne Rainville, ancienne chef des communications régionales pour les services français de Radio-Canada en Alberta, Colombie-Britannique et Yukon. Selon elle, les médias francophones sont un moyen pour ces populations de se comprendre et de se reconnaitre. Le président de l'Association de la presse francophone et directeur de l'hebdomadaire Le Franco, Étienne Alary, abonde dans le même sens. « Un journal francophone en milieu minoritaire est un outil pour contrer l'assimilation; il présente des éléments de la communauté qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans les médias anglophones », estime-t-il.

En ce sens, tous deux déplorent que Le Chinook ait cessé ses activités. « Nous n'avons jamais assez d'outils d'informations. Plus la population est informée, mieux c'est. Mais est-ce viable? Y a-t-il un marché assez grand pour encourager deux journaux francophones en Alberta? », demande Étienne Alary. À la lumière de ces questionnements, une chose est sure : des défis importants attendent les médias en milieux francophones minoritaires. « La situation qui a mené à la perte du Chinook n'est pas très différente de celle des autres médias en général. D'un côté, la presse écrite voit ses supports publicitaires chuter partout, de l'autre, le monde télévisuel et radiophonique fait face à une fragmentation soutenue de leurs auditoires. Les gens ont plus de choix », note Lyne Rainville. De là l'importance pour ces médias de demeurer pertinents aux yeux de la population. « Lorsqu'un média voit son effectif descendre, il devrait se questionner à savoir s'il répond aux besoins de la communauté qu'il dessert », avertit Étienne Alary.

Malgré tout, la situation est quelque peu différente au journal Le Franco. « Beaucoup d'associations et d'organismes, qui payent pour de la publicité dans le journal, ont vu leur budget amputé par le gouvernement. Nous devons donc rester aux aguets, car ces organismes couperont certainement en publicité et promotion pour éponger leur déficit», se désole Étienne Alary. Un réajustement est donc nécessaire pour assurer la rentabilité du journal, notamment par des partenariats avec la communauté ou la publication d'un annuaire de la francophonie. La direction évalue également la possibilité de revoir le fonctionnement de l'adhésion au journal puisque l'abonnement est relié au membership de l'ACFA, qui elle aussi, connait des défis financiers. La possibilité que le journal francophone devienne payant est donc considérée.

Suite à la fermeture du journal Le Chinook, le journal Le Franco a commencé la distribution d'une nouvelle édition de son journal destiné aux francophones dans le sud de l'Alberta. Le journal est maintenant distribué hebdomadairement partout en région et mensuellement dans les régions du sud. En 2013, Le Franco célébrait son 85e anniversaire. Un succès qui s'explique entre autres, par la proximité et la relation de confiance que le journal a réussi à bâtir avec ses lecteurs en rapportant fidèlement leurs histoires.

Les nouvelles en milieu minoritaire

En Alberta, c'est la chaine ICI Radio-Canada Alberta qui offre aux gens de la communauté francophone la diffusion des nouvelles en français. Dominant le marché tant sur les ondes télévisées et radios, ICI Radio-Canada Alberta offre une programmation variée avec des émissions spécialisées et des bulletins de nouvelles réguliers. Bien que moins touchée par le contexte financier difficile qui affecte les autres médias locaux dû au fait que la chaine dépende exclusivement de subventions gouvernementales, celle-ci est quand même affectée par les compressions budgétaires. « Or, les régions occupent une place importante dans le plan de développement de Radio-Canada. De plus, nous sommes tributaires du Fond pour l'amélioration de la programmation locale (AFPL), du CRTC », fait savoir Lyne Rainville. Comme elle l'explique, ce fond, puisé à même les revenus des distributeurs, a permis à Radio-Canada d'offrir une programmation à saveur albertaine, et ce, sept jours par semaine depuis quelques années. « En Alberta, nous avons mis sur pied les capsules d'informations L'Alberta en bref, qui sont notamment diffusées le dimanche durant Tout le monde en parle, l'émission la plus écoutée de notre réseau. C'est une belle vitrine », juge-t-elle.

Dès septembre 2014, une nouvelle chaine télé verra le jour. Créée par TV5, la chaine UNIS est le résultat d'un long processus de négociations entamé auprès du CRTC. Le diffuseur promet une programmation consacrée à la diversité de la communauté francophone du Canada et aux communautés de langues officielles en situation minoritaire. Les auditeurs auront désormais plus d'options en matière de contenu télévisuel francophone.

Les médias sociaux de plus en plus populaires

Outre les défis financiers rencontrés par les médias, ceux-ci doivent s'adapter aux changements qui découlent de l'apparition des nouvelles plateformes web et l'ascension des réseaux sociaux qui gagnent de plus en plus en popularité. Évoluant en milieux francophones minoritaires, les médias ne peuvent ignorer les médias sociaux comme Twitter et Facebook qui changent la donne en information. « Ces médias sociaux sont là pour rester, mais ils ne remplaceront pas nécessairement les médias traditionnels. Il y a de la place pour les deux », argüe Lyne Rainville. Plusieurs animateurs et journalistes de Radio-Canada sont d'ailleurs bien présents sur ces médias (voir liste).

Pourtant, pour Étienne Alary, il faut se questionner davantage sur la réelle valeur des médias sociaux, relativement au temps demandé pour offrir une présence de qualité. « C'est bien beau d'ouvrir un compte Twitter, encore faut-il l'alimenter! Certes, il faut emboiter le pas à cette technologie, qui fait dorénavant partie des mœurs mondiales, mais dans quelle proportion? Cela reste à définir, d'autant plus que nous ne disposons que de trois employés... », admet-il. En terminant, Lyne Rainville assure que les médias locaux en milieux francophones minoritaires s'adapteront au marché. « Notre service est essentiel et continue de l'être, dit-elle. Nous devons être là où les gens consomment leurs informations. » Elle précise du même souffle que Radio-Canada est le média qui présente la plus grande offre pour les francophones, à travers trois plateformes, soit la télévision, la radio et le web.

Certes, l'avenir s'annonce incertain pour les médias francophones en milieux minoritaires, mais ceux-ci ont l'avantage de pouvoir compter sur le soutien de la communauté francophone qui apprécie grandement les services offerts en français.